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Ce qu’il faut retenir
À partir de 80 dB(A) sur 8 heures, l’employeur doit mettre des protecteurs auditifs à votre disposition ; à partir de 85 dB(A), leur port doit être effectif ; 87 dB(A) est la limite à ne jamais dépasser à l’oreille, protection comprise. Voilà, en une phrase, ce que dit le Code du travail sur le bruit au travail. Le reste de cet article explique d’où viennent ces chiffres et ce qui se passe à chaque seuil.
Les règles figurent aux articles R4431-1 à R4437-4 du Code du travail, issus du décret n° 2006-892 du 19 juillet 2006, qui transpose la directive européenne 2003/10/CE. Elles valent pour tous les salariés, du chantier au bureau en passant par l’atelier, l’entrepôt ou l’école. Selon l’INRS, 67 % des actifs français se disent dérangés par le bruit sur leur lieu de travail, et 3,1 % des salariés sont exposés plus de 20 heures par semaine à plus de 85 dB(A) (étude Sumer 2017). Savoir lire ces seuils, c’est savoir ce à quoi vous avez droit.
Un mot de cadrage : nous sommes une marque de bouchons d’oreille, pas un cabinet juridique. Ce texte s’appuie sur la documentation de l’INRS et sur les articles consultables sur le Code du travail numérique ; il ne remplace pas l’avis de votre médecin du travail ni celui de l’inspection du travail.
Les trois seuils du Code du travail : VAI, VAS et VLE
Le Code du travail ne fixe pas un seuil unique, mais trois, appelés par les préventeurs VAI, VAS et VLE. Chacun existe en deux versions : un niveau moyen d’exposition quotidienne en dB(A), et un niveau de crête en dB(C) pour les bruits très courts et très intenses (un choc, un coup de marteau sur une tôle, une soufflette). Le tableau ci-dessous reprend les valeurs de l’article R4431-2 et les exigences associées décrites par l’INRS.
| Seuil | Niveau (LEX,8h / crête) | Ce que doit faire l’employeur | Ce à quoi vous avez droit |
|---|---|---|---|
| VAI : valeur d’exposition inférieure | 80 dB(A) / 135 dB(C) | Mettre des protecteurs auditifs à disposition, informer et former | Des protecteurs fournis ; un examen audiométrique préventif sur demande, la vôtre ou celle du médecin du travail |
| VAS : valeur d’exposition supérieure | 85 dB(A) / 137 dB(C) | Programme de réduction du bruit, signalisation des zones, accès limité, contrôle de l’usage effectif des protecteurs | Des zones bruyantes signalées ; un port des protecteurs qui doit être effectif |
| VLE : valeur limite d’exposition | 87 dB(A) / 140 dB(C), protecteur porté | Ne jamais dépasser ; en cas de dépassement, mesures immédiates et recherche des causes | Une exposition qui ne dépasse jamais cette limite, une fois l’atténuation du protecteur prise en compte |
Retenez toujours les trois valeurs ensemble : citer 85 dB(A) sans le 80 avant et le 87 après, c’est ne raconter qu’un tiers de l’histoire. Les seuils de 80 et de 85 dB(A) se jugent sur le bruit ambiant, sans protection. Seule la valeur limite de 87 dB(A) se juge à l’oreille, sous le protecteur : l’article R4432-3 précise que l’exposition, compte tenu de l’atténuation des protecteurs portés, ne peut en aucun cas la dépasser.
Que se passe-t-il à chaque seuil ?
Dès 80 dB(A) (VAI). C’est le premier déclencheur. D’après l’INRS, c’est à ce niveau, sur une journée de 8 heures, que l’oreille est considérée comme en danger. L’employeur met alors des protecteurs à votre disposition, vous informe et vous forme à leur bon usage. Vous pouvez aussi demander l’examen audiométrique préventif, nous y revenons plus bas.
Dès 85 dB(A) (VAS). Le cap change : il ne s’agit plus de proposer, mais de s’assurer que les protecteurs sont réellement portés. L’employeur doit mettre en œuvre un programme de réduction du bruit, signaler les zones concernées et en limiter l’accès. Pour la partie « protecteurs », le texte de référence est l’article R4434-7.
À 87 dB(A) (VLE). C’est une limite, pas un objectif. Si elle est atteinte en tenant compte du protecteur, l’employeur doit adopter sans attendre des mesures de réduction du bruit, chercher pourquoi l’exposition est trop élevée et adapter la protection. Autrement dit, un bouchon mal adapté ou mal porté ne « couvre » pas un poste trop bruyant.
Dans la pratique, la plupart de ces actions passent par votre service de prévention et de santé au travail, votre CSE et votre encadrement. Si vous ne savez pas à quel seuil se situe votre poste, la bonne démarche est de poser la question à l’employeur : l’évaluation du risque lui incombe. Les obligations côté entreprise sont détaillées dans notre article sur les obligations de l’employeur face au bruit.
Comment l’exposition est mesurée : le LEX,8h et la règle des 3 dB
L’exposition n’est pas un niveau instantané, mais une dose. Le LEX,8h est le niveau sonore moyen qui, maintenu pendant 8 heures, représenterait la même énergie que votre journée réelle, bruits forts comme périodes calmes. Il se calcule en tenant compte du temps passé à chaque niveau, par un sonomètre ou un exposimètre porté par le salarié, selon la méthode du guide INRS ED 6035.
Le principe à retenir est celui de la règle des 3 dB : chaque fois que le niveau augmente de 3 dB, l’énergie sonore double, donc la durée d’exposition tolérable est divisée par deux. L’INRS en donne un tableau de durées équivalentes à partir de 80 dB(A), repris ci-dessous avec le même calcul à partir de 85 dB(A).
| Durée d’exposition | Niveau équivalent à 80 dB(A) sur 8 h (INRS) | Même arithmétique à partir de 85 dB(A) |
|---|---|---|
| 8 heures | 80 dB(A) | 85 dB(A) |
| 4 heures | 83 dB(A) | 88 dB(A) |
| 2 heures | 86 dB(A) | 91 dB(A) |
| 1 heure | 89 dB(A) | 94 dB(A) |
Deux conséquences concrètes. D’abord, une heure à 89 dB(A) pèse autant qu’une journée entière à 80 dB(A) : un poste « bruyant seulement un moment » peut suffire à franchir un seuil. Ensuite, les niveaux de bruit ne s’additionnent pas comme des nombres ordinaires : selon l’INRS, deux machines identiques de 80 dB(A) font 83 dB(A) ensemble, et en arrêter une ne retire que 3 dB. Pour estimer les niveaux d’un outil, notre article sur les décibels des outils électroportatifs donne des repères.
Les crêtes en dB(C) fonctionnent différemment : il n’y a pas de moyenne, un seul pic dépasse le seuil ou non. Un niveau instantané supérieur à 135 dB(C) est, selon l’INRS, dangereux même pour une exposition très brève. Ces pics concernent surtout les chocs, les impacts métalliques ou l’air comprimé.
Quel niveau sonore dans un bureau ?
La question revient souvent : le Code du travail fixe-t-il un niveau maximal dans un bureau ? Pas sous la forme d’un chiffre propre aux bureaux. Les seuils ci-dessus s’appliquent à tous les lieux de travail, mais un open space atteint rarement 80 dB(A) : le problème y est la gêne, la fatigue et la concentration, pas le risque auditif. L’INRS précise que de faibles expositions n’ont pas d’impact sur les facultés auditives, mais qu’elles peuvent s’ajouter à d’autres contraintes et entraîner fatigue et stress.
Pour les bureaux, les leviers sont d’abord collectifs : plafonds absorbants, écrans, séparation des zones, surface par personne. Nous les passons en revue dans notre article sur les bouchons d’oreille au bureau.
Collectif d’abord, protecteurs ensuite : ce que dit le texte
C’est le point le plus souvent oublié. Les protecteurs individuels ne sont pas la première réponse du Code du travail : l’article R4434-7 les prévoit « en cas d’impossibilité d’éviter les risques dus à l’exposition au bruit par d’autres moyens ». L’INRS résume la hiérarchie : éviter le risque, le combattre à la source, puis donner la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures de protection individuelle. Machines plus silencieuses, encoffrement, traitement acoustique du local : voilà ce que votre employeur doit d’abord chercher.
Cela ne rend pas les bouchons inutiles : entre-temps, et pour les bruits qu’on ne peut pas supprimer, ils limitent la dose reçue. Mais ils sont un complément. Un protecteur « approprié et correctement adapté » suppose aussi un choix adapté au poste : on ne protège pas de la même façon un conducteur de chariot et un opérateur de machine. Les salariés sont d’ailleurs censés être consultés sur ce choix.
L’audiogramme : un examen possible dès 80 dB(A)
Selon l’article R4435-2, un travailleur dont l’exposition dépasse la valeur d’exposition inférieure (80 dB(A) ou 135 dB(C)) bénéficie, à sa demande ou à celle du médecin du travail, d’un examen audiométrique préventif. L’INRS précise que cet examen vise le diagnostic précoce d’une perte auditive due au bruit ; il est réalisé dans des conditions qui garantissent l’anonymat, et son coût est à la charge de l’employeur. Nous détaillons la démarche dans notre article sur l’examen audiométrique en médecine du travail.
Pourquoi ces seuils ?
Les cellules ciliées de l’oreille interne ne se régénèrent pas. Selon l’INRS, une exposition prolongée à des niveaux intenses les détruit peu à peu et conduit à une surdité de perception irréversible. Les surdités peuvent être reconnues comme maladies professionnelles, dans le cadre du tableau n° 42 du régime général. Le bruit a aussi des effets qui ne passent pas par l’oreille : fatigue, stress, troubles du sommeil, gêne à la concentration. Voilà pourquoi les seuils sont pensés comme des paliers, bien avant le dommage. Notre article sur la surdité professionnelle approfondit le sujet.
Et en Belgique, en Suisse, au Québec ?
Pour information, ce n’est pas le droit français. Si vous lisez cet article depuis la Belgique, la Suisse romande ou le Québec, les règles qui vous concernent sont celles de votre pays :
- Belgique : le Code du bien-être au travail (livre V, titre 2) suit la même logique de seuils à 80, 85 et 87 dB(A). Les informations officielles sont sur le site du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale.
- Suisse : la Suva, assureur-accidents, publie les valeurs et recommandations applicables. Vérifiez-les auprès d’elle plutôt que de vous fier au droit français.
- Québec : le Règlement sur la santé et la sécurité du travail et la CNESST fixent leurs propres règles ; consultez la CNESST pour les valeurs en vigueur.
Aucun de ces textes n’est celui de la France, et la France n’applique pas non plus de règles britanniques ou américaines : les seuils de cet article sont ceux du Code du travail français.
Et pour les salles de spectacle ?
Les lieux de diffusion de musique amplifiée relèvent d’un autre texte, qui protège aussi le public. Si c’est votre cas, lisez notre article sur la réglementation du bruit dans les salles de concert, qui traite le décret son. Cet article-ci s’adresse au salarié, quel que soit le secteur.
Que faire concrètement ?
Quelques gestes simples, dans cet ordre :
- Repérez votre niveau. Si vous devez élever la voix pour parler à un collègue à un mètre, ou si vos oreilles bourdonnent après le poste, le bruit mérite d’être évalué (test de bon sens proposé par l’INRS). Demandez à votre employeur ou à votre service de prévention où se situe votre poste.
- Demandez les mesures collectives. Capot, éloignement, traitement du local : c’est la première réponse attendue.
- Faites-vous remettre des protecteurs adaptés dès 80 dB(A). Bouchons ou casque, le choix dépend du poste, de la durée et du port d’autres équipements.
- Portez-les en continu dans la zone. Les retirer « juste un instant » dans un bruit fort fait vite remonter la dose reçue. Pour bien les placer, voyez notre page sur la mise en place des bouchons d’oreille.
- Parlez au médecin du travail si vous avez un doute, notamment pour l’examen audiométrique préventif.
Pour choisir un modèle, notre guide des meilleurs bouchons d’oreille pour le travail compare les options, et la question « bouchons d’oreille ou casque anti-bruit au travail » y est traitée à part. Pour savoir de combien d’atténuation vous avez besoin, voyez aussi l’article « de combien de protection auditive avez-vous besoin ». Nous expliquons l’indice SNR dans notre article comprendre l’indice SNR.
Nos bouchons d’oreille WorkPRO (SNR 24 dB, 26,95 €) sont des protecteurs individuels contre le bruit conformes à la norme EN 352-2. Ils atténuent tout le spectre (H 24, M 21, L 19) ; ils sont en silicone hypoallergénique, de couleur jaune haute visibilité et de profil bas, au design breveté, lavables et réutilisables. À savoir : un bouchon n’est qu’une mesure parmi d’autres, il ne vous « met pas en conformité » à lui seul. Pour un ajustement à partir d’une photo de smartphone, il existe la version WorkPRO avec mesure AR KI Tech.
Cet article résume des textes publics à titre d’information ; il ne constitue pas un conseil juridique ni médical. En cas de doute sur votre exposition ou votre audition, parlez-en à votre médecin du travail, à votre médecin traitant ou à votre pharmacien. Pour la documentation officielle, voyez l’INRS et le site de l’OPPBTP (PreventionBTP).
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